[Calypso ]
__Eden. Je n'aurais jamais pensé ça d'elle. Tout abandonner, juste pour moi. J'avais peur qu'elle me cache quelque chose, qu'elle ne fut pas seulement venue pour moi, qu'elle fuyait quelqu'un, ou quelque chose. J'espérais juste que mes peurs et mes doutes ne se confirmeraient pas plus tard.
__Une semaine était passée depuis la venue de ma meilleure amie. Elle était envahissante, parfois trop. Je regrettais presque sa venue. Mais au fond, lorsque, le soir, on était toutes les deux couchées dans mon lit, à parler jusque tard dans la nuit, j'étais heureuse et bien. Mais malgré moi, je ne pouvais m'empêcher de jalouser Eden, non pour son physique, car je ne le trouvais pas mieux que le mien, mais pour sa personnalité, son caractère. Elle était franche, sûre d'elle, elle savait par où aller, elle était quelqu'un d'original et unique. Le seul défaut que je lui avais trouvé étaient sa tendance à aller trop vite, ne pas réfléchir lorsqu'elle prenait une décision, ce qui souvent la mettait dans une situation délicate, impossible presque à s'en sortir.
__Et moi ? Moi, j'étais encore une petite fille. J'avais peur des grands et des garçons. Du monde et des méchants. J'étais maladroite, rougissante, incertaine, et timide. Je jalousais cette fille trop sûre d'elle, même si c'était ma meilleure amie. On aimait faire les mêmes choses, les mêmes activités. Rire, déconner, parler jusque tard dans la nuit, faire les boutiques ensemble, aller au ciné, sortir. Avec elle, j'étais une seule personne. Le noir et le blanc. Elle me complétait.
__Gestes automatiques. Comme chaque fois que je rentrais du boulot. Et c'était quoi ? Serveuse. Je n'avais pas trouvé mieux. Il me fallait quelque chose pour gagner de l'argent et j'avais trouvé. C'était bien payé et il n'y avait que ça qui m'importait. Je regardais mon petit immeuble, avec ces cinq étages. Il était situé dans une petite rue, dans la périphérie de Berlin. Elle était bordée d'arbres et de verdures. Je l'aimais. Par contre, je n'aimais pas mes voisins. Ils étaient bourgeois, et riches. Et ils ne m'adressaient jamais la parole car je n'étais pas de leur monde. J'avais de l'argent, mais pas encore assez à leur goût. Enfin. Je n'avais pas choisi l'endroit. C'était mes parents. Ils me versaient chaque mois de l'argent pour la nourriture et les factures de l'appartement. Mais pour le reste, j'avais dû trouver un boulot. Surtout que maintenant, comme Eden était là, j'allais beaucoup plus sortir, j'en étais sûre.
__
"Merde" lâchai-je. Je fouillai dans mon sac à la recherche de mes clés mais ne les trouvai pas. Super. J'étais coincée devant mon appartement pendant deux heures. Heureusement qu'Eden avait des clés elle aussi. Je m'assis sur le fauteuil qui se trouvait dans le hall. Il faisait chaud et je remerciais mes parents d'avoir acheter cet appartement dans un si bel immeuble.
__J'étais stupide. Je restai là, quelques dizaines de minutes, pensive. Jusqu'au moment où un des mes voisins de palier sortit de l'ascenseur et me regarda avec une tel mépris dans les yeux que j'aurais voulu m'enfoncer sous terre, et ne plus devoir en sortir. Un long frisson glacial parcouru ma colonne vertébrale et je crus que j'allais mourir, foudroyée sur place par son regard froid et dur.
__J'étais vite perturbée et intimidée. Mais il fallait que je fasse autre chose que de me ridiculiser encore plus que d'habitude. Lorsque mon cher voisin fut rentré chez lui, je sautai du fauteuil et montai les escaliers. Arrivée à l'étage, je regardai cette porte. La numéro 18. Pile au dessus de mon appartement, celui où devait se trouver Simone et ses deux fils. Puisqu'ils étaient nouveaux ici et qu'ils m'avaient semblé sympathiques, j'espérais qu'ils me laisseraient téléphoner à Eden, afin qu'elle rentre plutôt.
__Après avoir inspiré une bonne fois, je tendis la main, et, tremblante, frappa quelques petits coups timides sur la porte en chêne. J'attendais, sautillant stupidement sur place.
*
[Omniscient ]
Remontons à l'arrivée d'Eden, à l'arrivée de deux garçons importants dans cette histoire.
__Une semaine plus tôt.
Appartement numéro 18.
__Pourquoi ? Bordel de Merde. Pourquoi ?
Mais qu'avais-je fait pour mériter ça ! Cette... Chose, ce FRÈRE ! Bon sang ! Il me perturbait, il m'anéantissait, il me tuait ! Et tout ce qu'il faisait, lui, c'était de pleurer dans les bras de sa mère. De la mienne aussi naturellement. Ma mère, elle, ne trouvait rien d'autre à faire que de le serrer dans ses bras et de lui chuchoter une berceuse. Pathétique. Mais j'aurais quand même tout donné pour être à la place de mon jumeau.
Jaloux, moi ? Oui, c'est possible. Mais jamais je n'oserais me l'avouer ni le dire.
"Tom, me chuchota ma mère,
va chercher une couverture."__Je soupirai, il ne manquait plus que ça. J'allais être obligé de faire la Nounou de mon petit frère que j'adorais tant depuis ces derniers temps. Tout cela était bien sûr ironique. Pendant que je cherchais une chambre où trouver une couverture, j'entendais les sanglots de mon frère se faire plus doux et s'arrêter. Je ne comprenais pas s'il faisait ça pour se faire plaindre ou, si, au contraire, il était vraiment malheureux. J'optais plus pour la première supposition, mais, depuis quelques temps, je n'étais plus sûr de rien lorsqu'il fallait parler de mon jumeau. Il n'était plus le même et je ne le reconnaissais plus.
__Je revins dans la salon, mon frère n'était plus au même endroit. Il était couché dans un des divan et il avait fermé les yeux. Son maquillage avait coulé sur ses joues blanches, ses cheveux en bataille barrait d'une longue ligne noire son front. Ses sourcils bruns se arquaient, l'air contrarié et préoccupé et son corps étaient encore secoués de petits sanglots malgré que son ventre se mouvait calmement et régulièrement.
__J'eus envie de pleurer. Était-ce donc ça, mon frère ? Ma vie, mon c½ur, mon sang ? Une épave, rien de plus. Je voyais ses côtes se dessiner sous sa peau si pâle, si effrayante et je sentais son mal être, sa tristesse, son désespoir. J'eus envie de me tuer. Me tuer pour me punir de ne pas avoir vu à quel point mon petit frère était mal, à quel point il souffrait. Mais pourquoi ? Pourquoi était-il devenu comme ça ? Et quelle était cette image qu'il jouait sans arrêt devant nous ? Quel était ce personnage qu'il s'efforçait de montrer au monde entier ?
__Je m'approchai. Ma mère n'était plus là. Avait-elle deviné qu'il fallait nous laisser seul ? Je déposai la couverture chaude et douce que j'avais été cherché sur mon frère endormi. Il semblait paisible, maintenant. Je l'enviai de pouvoir dormir. Loin de tout ces problèmes et cette vie qui, à présent, me faisait clairement peur, et pitié. Je remontai la couverture jusqu'à ses épaules et le regardai quelques instants endormi.
__Une envie étrange et bizarre me vint à l'esprit. Elle aurait pu paraître vicieuse et perverse, mais je ne voyais là que de l'amour et de la fraternité envers cet être si frêle et si touchant. Mon petit frère, pensai-je. Une bouffée de honte et de chagrin monta dans ma gorge et je dus me retenir pour ne pas crier ni pleurer. Un, c'était déjà bien assez. Je m'accroupis à la hauteur de son visage et regardai ses lèvres fines et pincées. Je les effleurai de mon index et priai pour qu'il ne se réveille pas.
"Je suis désolée, Petit Frère, murmurai-je à son visage d'Ange.
Pardonne-moi pour tout ce que je n'ai pas vu, ni fait pour toi."Sur ce, je posai mes lèvres sur les siennes. Quelques secondes, tout au plus. Il ne sembla pas s'en rendre compte. En tout cas, il ne réagit pas. Je soupirai et me relevai. J'en avais eu envie. Et c'était beau, et triste. J'avais éprouvé une tonne d'amour pour mon frère mais aussi une énorme envie de pleurer mon désespoir. Moi qui détestait mon frère pas plus tard qu'hier, j'avais aujourd'hui envie de soulever le monde poue pouvoir l'aider à s'en sortir. Soudain, je vis ma mère, dans un coin de la pièce, accompagnée de deux tasses de chocolat chaud. Elle souriait. Elle me regardait, le regard emplis d'un amour inconditionnel, qui, j'étais sûr, s'adressait à moi et à ma moitié. Elle ne semblait pas trouver répugnant ce que je venais de faire, ou encore vicieux. Elle ne m'en parla pas et je ne préférais pas aborder le sujet.
__Nous nous assîmes à la table de la cuisine et nous bûmes en silence. Un silence partagé, paisible mais inquiet quand même. Chacun était dans ses pensées qui étaient bien sûr fixées sur la personne endormie dans la pièce voisine.
"Je vais partir, Tom, chuchota-t-elle soudainement après avoir déposé sa tasse de chocolat sur la table.
-
Pou-Pourquoi ? lui demandai-je, ma voix suppliante.
-
Que veux-tu que je fasse ? J'ai une vie, moi aussi. Et ce n'est pas à moi de régler vos conflits. C'est entre vous que tout cela se passe.-
Dis tout de suite que c'est ma faute s'il pleure ! grondai-je, vexé.
-
Je n'ai pas dit ça ! dit-elle en haussant légèrement la voix.
Et parle moins fort, ton frère dort à côté.-
Mouais.-
C'est vrai que Bill n'a jamais été facile et qu'il a toujours été très fort dans ses émotions et très sensible. Je sais que ce n'est pas ta faute s'il est dans cet état là, mais je suis sûr que, pour lui, tu es responsable de ce qu'il est. Il doit bien y avoir une raison et j'aimerais que tu la trouves. Pour moi."Je restai sans réponse, mes yeux fixés au fond de ma tasse.
"S'il te plaît Tom, me supplia-t-elle.
-
Très bien, j'essayerai. Mais je ne te promets rien ! cédai-je. Comment pouvais je faire autrement ?
Elle me sourit et sortit de la pièce. Je la suivis, abandonnant mon chocolat chaud. De toute façon, il était froid maintenant. J'interpellai ma mère qui mettait déjà son manteau.
"Pourquoi es-tu obligée de partir alors qu'il dort encore ?-
Parce que si j'attends qu'il se réveille, je n'aurais pas le courage de le laisser ici. Et je sais bien qu'il ne peut pas rentrer à la maison. Après tout, il a sa vie, même si elle n'est pas celle qu'on voudrait, et moi, j'ai la mienne. Je ne pense pas qu'elles soient compatibles."__Nous nous regardâmes, la tristesse déformant nos visages. Elle vint vers moi et déposa un timide baiser sur ma joue.
"Allez mon grand, Courage ! Je sais que tu en es capable." Mais je n'en étais pas si sûr. Les larmes vinrent à mes yeux sans que je puisse les en empêcher. Je pleurai. Enfin. Mais il n'y avait que ma mère et je me lâchai.
"Tomi, mon c½ur, pourquoi ? Vous qui aviez tellement rêvé de cette vie. Vous voilà servi. Je suis désolée de n'être que votre mère. Mais je fais ce que je peux. Excuse-moi de te laisser avec ce gros fardeau, mais je ne peux pas faire autrement.-
Si ! boudai-je, comme si j'avais six ans,
Si j'y arrive pas, Maman ? Si Bill veut plus me parler ? S'il se laisse mourir ? Tu as vu comme il est maigre, tu as vu ? Il ne mange plus rien, Maman. J'ai peur qu'il meurt. Je m'en veux mais je le déteste. Je ne sais plus ce que je ressens pour lui. Mais il est mon frère !-
Je sais tout ça, Tom. Mais j'ai vu quand tu l'as embrassé. (Je tressaillis.)
Et j'ai trouvé ça tellement émouvant, tellement beau et si touchant que je sais que tu vas y arriver Tom. Après tout, tu es l'aîné, Non ?-
Je sais, mais c'est pas juste, dis-je, soulagé.
-
C'est simplement la vie, soupira ma mère.
A bientôt, Mon Chéri. Bonne Chance.-
A bientôt, Maman", chuchotai-je,
Et dis aux voisins du dessous qu'ils baissent leur musique, ça m'énerve, ajoutai-je en retrouvant mon caractère farouche et sûr de lui.
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Très bien. Au revoir, Mon Coeur." dit-elle en souriant.
__Et elle sortit. Je me sentis seul, terriblement seul et je partis m'enfermai dans une chambre, afin de décharger tout ce que j'avais gardé en moi. Il ne restait que moi, et mon frère.
__Demain s'annonçait être un jour difficile.
VOilà. =). Alors ? J'espère que ce chapitre vous plaît =P. Donnez-moi vos avis.
Si vous voulez être prévenu, ajoutez moi en ami =D.
Bisoux.
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